Rédigé par Hélène Antoine et publié depuis
Overblog
"D'habitude, lorsqu'on te dit qu'il y a quelque chose à voir et que tu ne vois rien, tu t'approches : tu imagines que ce qu'il faut voir est un détail inaperçu de ton propre paysage
visuel. Voir les phasmes apparaître exigea le contraire : dé-focaliser, m'éloigner un peu, me livrer à une visibilité flottante, voilà ce que j'ai dû faire à peu
près par hasard, ou d'un mouvement anticipant la peur. Mais les deux pas de recul me placèrent d'un coup devant l'évidence effrayante que la petite forêt du vivarium était elle-même l'animal
censé s'y cacher. (...) Car le phasme ne se contente pas d'imiter, comme le font tant d'autres animaux, une qualité particulière de son milieu, la couleur par exemple. Le phasme a fait de son
propre corps le décor où il se cache, en incorporant ce décor où il naît. Le phasme est ce qu'il mange et ce dans quoi il habite. Il est rameau, bouture, branchage, buisson. Il est l'écorce et
l'arbre. L'épine, la tige, le rhizome." Georges Didi-Huberman, Phasmes.